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Reconstruire le Soudan : des décombres de la guerre à une vision stratégique durable du relèvement

Résumé

Cet article examine la reconstruction du Soudan dans le contexte des répercussions humanitaires, économiques et sociales du conflit déclenché en avril 2023, ainsi que des déplacements massifs, de la destruction des infrastructures et de l’interruption des services essentiels et des activités productives qui en ont résulté. Il vise à définir la reconstruction comme un processus intégré qui ne se limite pas à la remise en état matérielle des installations endommagées, mais englobe également le rétablissement des moyens de subsistance, le renforcement des services, le soutien au relèvement social et psychologique et la reconstruction des institutions de l’État. Il examine aussi la possibilité d’engager des démarches de relèvement dans les zones les plus stables avant la cessation générale des combats et présente les priorités d’intervention à la lumière des enseignements tirés des expériences du Rwanda, de la Sierra Leone et de la Bosnie-Herzégovine. Enfin, l’article propose une vision opérationnelle fondée sur une évaluation globale des dommages, la hiérarchisation des priorités, une mise en œuvre progressive et l’élargissement des partenariats nationaux et locaux, dans le respect de la transparence et de la durabilité.

Mots-clés : reconstruction du Soudan, relèvement, infrastructures, effets de la guerre, reconstruction de l’État, développement durable, réconciliation communautaire

Introduction

La guerre déclenchée au Soudan en avril 2023 a provoqué une crise humanitaire, économique et sociale complexe, dont les conséquences vont des pertes tragiques en vies humaines et des déplacements massifs aux dommages subis par les infrastructures vitales et à la paralysie des services essentiels et des secteurs productifs. Ces destructions ne se sont pas limitées aux biens matériels : elles ont profondément affecté la cohésion sociale et les capacités des institutions chargées des services et de l’exécution des politiques publiques. Face à ces défis considérables, la reconstruction apparaît comme une nécessité nationale urgente qui dépasse la simple remise en état du bâti pour s’inscrire dans un processus global de revitalisation économique et sociale, restaurant l’efficacité des institutions et la capacité d’action des personnes. Cet article examine, chiffres à l’appui, l’ampleur des destructions et la possibilité d’engager précocement des activités de relèvement. Il présente également les principales voies de reconstruction et les enseignements des modèles internationaux, avant de proposer une vision adaptée aux spécificités de la réalité soudanaise.

I. Les effets de la guerre et l’ampleur des destructions en chiffres

A. Population et déplacements

Le Soudan connaît une crise humanitaire croissante aux conséquences sociales et économiques considérables. Selon le rapport 2025 de la Banque mondiale, le conflit a coûté la vie à plus de 61 000 personnes dans le seul État de Khartoum entre avril 2023 et juin 2024. Il a provoqué la plus grande crise de déplacement forcé au monde, touchant environ 12,9 millions de personnes, dont 8,9 millions de déplacés internes et 3,8 millions de personnes ayant franchi les frontières vers les pays voisins, notamment le Tchad, l’Égypte et le Soudan du Sud. Les opérations militaires ont gravement endommagé les logements, contraignant environ 31 % des ménages urbains à se déplacer vers d’autres États.

En outre, la présence généralisée de mines et de munitions non explosées constitue une menace grave pour la sécurité des civils, les opérations humanitaires et la reprise économique. Les rapports indiquent que des zones stratégiques majeures de Khartoum, telles que la raffinerie d’Al-Jaili et les installations de télécommunications et militaires, ont été fortement minées. Elles sont ainsi devenues des zones à haut risque qui entravent le retour des personnes déplacées, freinent les secours et retardent la réhabilitation des infrastructures vitales.

B. Services essentiels

Une grave crise de santé publique se développe dans le pays, avec la propagation de maladies épidémiques telles que le choléra, la dengue et le paludisme. Selon les estimations de la Banque mondiale, environ 3,4 millions d’enfants de moins de cinq ans sont exposés à des risques sanitaires imminents en raison de la forte baisse des taux de vaccination et de la destruction des infrastructures d’eau et d’assainissement. On estime que 70 % à 80 % des établissements de santé dans les États les plus touchés, tels que Khartoum, Al Jazirah, le Kordofan et le Darfour, sont soit totalement fermés, soit en fonctionnement minimal. Les destructions massives dans les secteurs de la santé, de l’éducation, des télécommunications et du commerce ont également provoqué un choc d’offre majeur, ces services étant auparavant concentrés dans la capitale, Khartoum.

C. Économie et moyens de subsistance

Le conflit a entraîné une paralysie presque totale de l’activité économique et des infrastructures, sous l’effet de la forte baisse de la consommation et de l’investissement privé et public. Les principaux indicateurs économiques documentés dans le rapport 2025 de la Banque mondiale se résument comme suit :

  1. Marché du travail et emploi : Le taux de chômage est passé de 32 % en 2022 à 46 % en 2023, puis à 47 % en 2024. Le changement le plus marquant réside dans l’effondrement des possibilités d’emploi pleinement rémunéré, passées de 33 % avant la guerre à seulement 16 %, poussant la majeure partie de la main-d’œuvre vers les secteurs informel et marginal.
  2. Agriculture et sécurité alimentaire : L’agriculture, principal moteur de la croissance et premier pourvoyeur d’emplois, a subi de lourds dommages en raison du pillage des stocks, de la pénurie de semences, d’engrais et de carburant, ainsi que de la perturbation des routes commerciales. La production céréalière en 2023 a diminué de 40 % par rapport à la moyenne des cinq années précédentes et de 46 % par rapport à 2022.
  3. Contraction économique et conditions de vie : Une enquête menée en 2024 dans trois États a révélé que 68 % des personnes interrogées subissaient une forte dégradation de leurs conditions de travail, tandis que 80 % jugeaient la situation économique nettement plus mauvaise du fait de la hausse des prix et de la baisse des revenus. Le produit intérieur brut s’est contracté de 29,4 % en 2023, puis de 13,5 % supplémentaires en 2024.

Tableau 1 : Indicateurs macroéconomiques et projections pour 2022–2027 (selon le rapport de la Banque mondiale)

Indicateurs macroéconomiques (%)202220232024202520262027
Croissance du PIB réel-1,0 %-29,4 %-13,5 %5,0 %9,3 %4,1 %
Agriculture1,0 %-14,9 %-7,6 %4,7 %8,5 %4,4 %
Industrie-0,7 %-25,8 %-13,1 %2,0 %7,5 %3,7 %
Services-3,0 %-43,2 %-22,0 %8,9 %12,4 %4,2 %
Inflation (IPC)164,2 %65,8 %170,0 %89,4 %33,1 %20,0 %
Dépenses (% du PIB)11,7 %8,6 %8,8 %9,3 %9,9 %10,2 %
Dette (% du PIB)183,6 %167,3 %147,4 %142,7 %124,2 %106,4 %

 

Ces données et projections pour les années à venir confirment que la reconstruction ne peut se limiter au bâti. Elle exige également le rétablissement des ressources indispensables à la subsistance et de la stabilité macroéconomique, parallèlement à la réhabilitation des infrastructures.

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Figure 1 : Croissance du PIB (%) de 2018 à 2024 et estimations pour 2025, 2026 et 2027
(élaboration de l’auteur à partir des données de la Banque mondiale, 2025)

II. Le relèvement et la reconstruction peuvent-ils commencer avant la fin de la guerre ?

L’idée centrale ne consiste pas à affirmer qu’une reconstruction globale est possible alors que la guerre se poursuit. Elle souligne plutôt que le « relèvement précoce » et la réponse aux besoins urgents peuvent être engagés dans les zones accessibles pendant la poursuite du conflit, tandis que les grands projets de développement nécessitent un minimum de stabilité sécuritaire.

Malgré les contraintes sécuritaires et logistiques, les interventions des partenaires sur le terrain, notamment celles du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), présentées dans son rapport de 2026 sur les résultats de 2025, ont montré qu’il était possible d’obtenir des effets tangibles. Ces interventions ont notamment consisté à :

  • Fournir des services de santé vitaux à plus de 4,9 millions de personnes, notamment de l’insuline et des traitements contre la tuberculose et le VIH dans les zones les plus difficiles d’accès.
  • Soutenir les moyens de subsistance de près de 2,1 millions de personnes grâce à l’agriculture intelligente face au climat, à la microfinance et aux programmes de travail contre rémunération.
  • Permettre à 1,75 million de personnes de reconstituer leurs sources de revenus dans 10 États et accompagner 25 000 femmes vers des activités durables.
  • Fournir de l’énergie solaire à 750 000 personnes et de l’eau potable à 819 000 personnes.

Avec l’apparition de « poches de sécurité relative », plus d’un million de déplacés internes ont commencé à regagner leurs régions d’origine. À cela s’ajoutent environ 320 000 personnes revenues des pays voisins, en particulier de l’Égypte et du Soudan du Sud, afin d’explorer les possibilités de réinstallation, notamment dans les États de Khartoum, de Sennar et d’Al Jazirah. Par conséquent, déterminer ce qui peut être réalisé à l’heure actuelle exige une démarche progressive et souple, articulant les besoins urgents avec la réalité sécuritaire de chaque zone.

III. Quelles formes de reconstruction sont possibles au stade actuel ?

La reconstruction du Soudan ne se limite pas à rebâtir les édifices et les installations détruits par la guerre. Elle comprend un ensemble de démarches interdépendantes visant à rétablir l’activité économique et les services essentiels, à remédier aux conséquences sociales du conflit et à renforcer la capacité des institutions de l’État à remplir leurs fonctions. L’étude « Les facteurs influençant la reconstruction de l’État soudanais » souligne l’importance de rétablir les fonctions politiques, sociales, économiques et culturelles de l’État, de renforcer la bonne gouvernance, de lutter contre la pauvreté et l’exclusion et de parvenir à un développement équilibré et durable (source 3).

Compte tenu de la nature des dommages et des besoins au Soudan, les domaines de la reconstruction et du relèvement peuvent être regroupés en cinq axes principaux :

  1. Reprise économique et rétablissement de l’activité productive : Cet axe exige de revitaliser les secteurs productifs, en premier lieu l’agriculture, en soutenant les agriculteurs, en fournissant des intrants agricoles et en améliorant les chaînes d’approvisionnement alimentaire. Il comprend également le soutien aux petites entreprises et à la production manufacturière locale, la facilitation de l’accès au financement et l’encouragement des activités économiques susceptibles de créer des emplois durables (source 4). Le développement des énergies renouvelables, telles que l’énergie solaire, et l’élargissement des services financiers peuvent soutenir efficacement l’activité productive, notamment dans les zones où les infrastructures et les marchés ont été endommagés.
  2. Réhabilitation des infrastructures et des services essentiels : Cet axe comprend l’évaluation des dommages subis par les réseaux d’eau, d’électricité, de transport routier et de télécommunications ainsi que par les équipements publics, et la hiérarchisation des réparations en fonction des besoins locaux et de la densité de population. Il englobe également la réhabilitation des établissements sanitaires et éducatifs, la fourniture des équipements et produits essentiels et le soutien à la continuité de l’éducation et des soins. Les interventions du PNUD au Soudan en 2025/2026 montrent l’importance de proposer des solutions d’urgence pour les services de santé, l’eau et l’énergie en situation de conflit (source 2).
  3. Relèvement social et protection des groupes touchés : Le relèvement nécessite de remédier aux conséquences des déplacements et de la perte des logements et des sources de revenus, tout en tenant compte des pressions exercées sur les services et les ressources des communautés d’accueil. Cela comprend l’amélioration des conditions d’hébergement, la création des conditions d’un retour sûr, volontaire et digne, ainsi que la protection des groupes les plus vulnérables. Il convient également de fournir des services de soutien psychologique et social et de renforcer la cohésion communautaire afin d’aider les personnes touchées à retrouver leur capacité de participation productive et sociale (source 4).
  4. Reconstruction des institutions de l’État et renforcement de la gouvernance : La reconstruction exige des institutions capables de planifier, d’exécuter et de gérer les ressources publiques avec efficacité et transparence. Cet axe comprend le renforcement de la redevabilité, la réduction de la corruption et de l’exclusion, l’élargissement de la participation communautaire, le renforcement du rôle des organisations de la société civile et une répartition plus équilibrée des services et des ressources entre les différents États du Soudan, conformément aux exigences de la construction d’un État moderne (source 3).
  5. Durabilité, hiérarchisation des priorités et phases de mise en œuvre : La reconstruction nécessite une démarche progressive qui ordonne les interventions selon l’urgence des besoins, l’ampleur des dommages et les conditions de sécurité. La priorité doit être accordée aux besoins essentiels immédiats, parallèlement à la planification des projets à moyen et à long terme. Les projets doivent aussi tenir compte de la sécurité et des conditions environnementales et climatiques, et reposer sur une évaluation continue, des indicateurs de mesure précis et des mécanismes transparents de contrôle et d’évaluation.

IV. Expériences internationales de relèvement et de reconstruction : quels enseignements pour le Soudan ?

1. Rwanda : réconciliation communautaire et reconstruction des institutions de l’État

Après le génocide de 1994, le Rwanda a fait face à des destructions considérables touchant la société, l’économie et les institutions de l’État. Les efforts de relèvement ont porté sur la reconstruction des institutions publiques, l’élargissement des services, le renforcement de la réconciliation nationale et le développement de mécanismes de justice transitionnelle à travers les juridictions communautaires « gacaca », chargées de traiter les affaires de génocide et de réintégrer les personnes condamnées (sources 5, 6).

  • Enseignement pour le Soudan : La reconstruction ne se limite pas au bâti ; elle exige de remédier aux effets de la violence, de rétablir la confiance au sein de la société et de construire des institutions capables de remplir leurs fonctions avec justice et impartialité.

2. Sierra Leone : désarmement, réintégration et articulation entre paix et reprise économique

La Sierra Leone a connu une longue guerre civile qui s’est achevée en 2002. Ses efforts de relèvement ont compris des programmes de désarmement, de démobilisation et de réintégration, la création d’une Commission vérité et réconciliation, ainsi que la réhabilitation des services essentiels (source 7).

  • Enseignement pour le Soudan : La cessation des combats ne suffit pas, à elle seule, à assurer une paix durable. Les combattants et les personnes concernées par les programmes de démobilisation ont besoin de possibilités réalistes d’emploi et de formation. Les programmes de réintégration doivent être liés au renforcement des capacités des communautés d’accueil et de leurs économies locales.

3. Bosnie-Herzégovine : reconstruction des infrastructures et défis de la réconciliation et de la gouvernance

Après l’accord de Dayton de 1995, la Bosnie-Herzégovine a connu une vaste réhabilitation des infrastructures de transport, d’énergie et de santé, avec un appui international qui a également permis de reconstruire des monuments communs tels que le pont de Mostar (source 8). Le pays a néanmoins continué de rencontrer des difficultés liées à la complexité de son système de gouvernance et à la faiblesse de la coordination institutionnelle.

  • Enseignement pour le Soudan : La reconstruction des infrastructures ne doit pas être dissociée du traitement des causes profondes du conflit ni de la conception d’un système de gouvernance et d’administration souple et unifié, capable de prévenir les divisions institutionnelles et de garantir une répartition équitable des ressources.

4. Synthèse des enseignements pour le Soudan

S’inspirer des modèles internationaux ne signifie pas reproduire littéralement leurs solutions, mais en dégager des principes pratiques compatibles avec les spécificités soudanaises :

  • Assurer une coordination étroite entre le relèvement humain, la remise en état des installations et le développement institutionnel.
  • Articuler la paix globale avec la justice sociale et un développement équilibré.
  • Adopter une gestion fondée sur la transparence et le partenariat entre l’État, le secteur privé, la diaspora et les communautés locales.

V. Vers une vision opérationnelle de la reconstruction du Soudan

Passer du discours théorique sur la reconstruction du Soudan à sa mise en œuvre effective sur le terrain exige une vision nationale courageuse et claire, fondée sur une évaluation précise des dommages et des besoins et attentive aux disparités de développement et de sécurité entre les États. Cette vision ne doit pas s’arrêter à la réparation du patrimoine bâti endommagé. Elle doit être considérée comme une occasion historique de corriger les déséquilibres structurels antérieurs de la planification urbaine et régionale, et de développer des infrastructures durables qui respectent l’environnement local et répondent au changement climatique, avec la participation active des communautés locales (source 9).

Cette vision opérationnelle s’articule autour de cinq piliers fondamentaux :

  1. Définir les priorités en fonction des besoins de terrain et des besoins intellectuels : Le travail doit commencer par une évaluation globale et continue des dommages et des besoins matériels, économiques et psychosociaux. Les priorités doivent être hiérarchisées selon l’urgence du service et son effet direct sur la vie des citoyens. Les zones privées d’eau, de soins et d’éducation nécessitent des interventions de secours urgentes, différentes de celles requises dans les zones capables d’accueillir des projets de relance de l’agriculture et du commerce et de réhabilitation des routes.
  2. Adopter une démarche de mise en œuvre progressive et intégrée : Compte tenu de l’ampleur des destructions, des ressources limitées et des disparités sécuritaires, il est préférable de diviser le relèvement en trois phases qui se chevauchent et s’articulent entre elles :
  • Phase immédiate (réponse et relèvement précoce) : Donner la priorité à l’eau potable, aux soins, à l’alimentation, à l’aide monétaire et au rétablissement des services essentiels dans les poches de sécurité.
  • Phase à moyen terme (relance et réhabilitation) : Réhabiliter les écoles, les établissements de santé et les réseaux d’électricité et d’eau ; soutenir la production agricole et la production à petite échelle ; et permettre le retour volontaire et sûr des personnes déplacées.
  • Phase à long terme (développement et modernisation durables) : Développer les grandes infrastructures, moderniser les secteurs productifs, réformer les institutions publiques et adopter des politiques de développement garantissant l’équité entre les régions.
  1. Construire un vaste partenariat national et communautaire pour la reconstruction : La gestion de la reconstruction exige une coordination institutionnelle de haut niveau. L’État établit les cadres législatifs, définit les orientations et garantit la transparence. Les communautés locales participent à l’identification des besoins et au contrôle sur le terrain, tandis que le secteur privé conduit les activités opérationnelles et la création d’emplois. La diaspora, les ingénieurs et les experts soudanais établis à l’étranger jouent également un rôle central dans le transfert de technologies, la mobilisation des investissements et l’innovation, parallèlement à un appui technique et humanitaire coordonné avec les organisations internationales.
  2. Placer « l’être humain » au cœur de la reconstruction : Le succès de la reconstruction ne se mesure pas uniquement aux structures en béton, mais à la capacité de la société à se rétablir sur les plans psychologique et social. Il est donc nécessaire d’intégrer des programmes de soutien psychosocial, de préparer les jeunes et les enfants à reprendre leurs études ou une formation professionnelle et de protéger les groupes les plus vulnérables. Le rétablissement des capacités humaines permet de participer à la vie économique et politique et favorise la réconciliation communautaire et la restauration de la confiance afin de prévenir la reprise des conflits.
  3. Garantir la durabilité, la gouvernance et la transparence : Il faut éviter que les projets de reconstruction ne deviennent des solutions temporaires, en appliquant des normes de sécurité, de qualité et d’équité dans la répartition des ressources. Cela exige un système rigoureux de contrôle et de divulgation des sources de financement et des dépenses, ainsi que la mise à disposition des communautés locales d’outils permettant de suivre l’avancement des projets et d’en évaluer les résultats.

Conclusion

L’étude des effets de la guerre au Soudan montre que l’ampleur des défis accumulés dépasse la réparation des constructions et des biens matériels. Elle implique de rétablir les services, de remettre l’économie en marche, de protéger les moyens de subsistance, de panser les blessures sociales et de bâtir des institutions étatiques résilientes au service des citoyens. Aborder la reconstruction comme un processus stratégique global aux dimensions interdépendantes constitue donc la seule voie vers un relèvement véritable et durable.

Comme l’ont montré les expériences du Rwanda, de la Sierra Leone et de la Bosnie-Herzégovine, la disponibilité des financements et la réparation des infrastructures ne garantissent pas, à elles seules, la paix, si elles ne s’accompagnent pas du traitement des injustices historiques, de la création d’emplois et de la mise en place d’institutions responsables et représentatives de tous. Tout en affirmant la possibilité d’engager avec souplesse des activités de relèvement précoce dans les poches de sécurité avant la fin du conflit à l’échelle du pays, il convient d’adapter ces expériences à la diversité des spécificités soudanaises.

Enfin, reconstruire le Soudan ne consiste pas simplement à rebâtir ce qui a été détruit par le passé. Il s’agit d’une occasion historique de construire un nouveau Soudan : un pays plus stable, plus juste et plus durable, dans lequel les citoyens soudanais, leur bien-être et leur dignité constituent le moteur et la finalité suprême du développement.

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