Économie et développementL'Afrique et le monde

Les déterminants de la croissance économique et de la transformation numérique en Afrique

Étude analytique et critique à la lumière du rapport économique des Nations Unies sur l'Afrique (2026)

Résumé

Le Rapport économique sur l’Afrique 2026 de l’Organisation des Nations Unies révèle un tableau complexe de l’économie africaine, alliant l’amélioration des indicateurs macroéconomiques à la persistance de déséquilibres structurels qui entravent la réalisation d’un développement économique durable et inclusif. Le rapport souligne que le continent s’engage sur la voie d’une reprise économique progressive, soutenue par l’augmentation des investissements publics, l’amélioration de la demande intérieure, la baisse des taux d’inflation dans plusieurs pays, ainsi que par l’expansion des investissements dans les infrastructures et la transformation numérique. Néanmoins, cette amélioration ne s’articule pas de manière égale entre les pays et les régions, car les taux de croissance continuent de refléter une disparité manifeste dans les structures économiques, l’efficacité des institutions et les niveaux de stabilité politique.

L’Afrique de l’Est s’impose comme la région affichant la plus forte croissance du continent, avec un taux de croissance qui devrait passer de 5,4 % en 2025 à 5,8 % en 2026, tirant profit de la vigueur de la demande intérieure, des investissements dans les infrastructures et de la diversification des activités productives. Elle est suivie par l’Afrique de l’Ouest avec un taux d’environ 4,5 %, porté par les réformes économiques et l’expansion des secteurs de l’énergie et des services, tandis que l’Afrique du Nord maintient un taux de croissance d’environ 4,4 % grâce à la diversification de ses sources d’activité économique entre l’énergie, l’agriculture, le tourisme et les services. En revanche, les performances de l’Afrique centrale et de l’Afrique australe demeurent plus modestes, en raison de la persistance de contraintes structurelles, de la faiblesse de la productivité et de l’impact des crises politiques et environnementales.

Le rapport met également en lumière l’impact des fluctuations des marchés de l’énergie sur la configuration de la croissance économique. Ainsi, les pays importateurs de pétrole ont bénéficié de la baisse des cours du brut, passés de 79 dollars le baril en janvier 2025 à environ 64 dollars en novembre de la même année, tandis que les pays exportateurs de pétrole ont fait face à des pressions financières en raison de la dépendance de certains d’entre eux au pétrole pour plus de 80 % de leurs exportations totales ; une situation qui traduit la vulnérabilité continue des économies rentières face aux chocs extérieurs.

Dans un autre ordre d’idées, le rapport affirme que la transformation numérique est devenue l’un des principaux moteurs de la croissance économique en Afrique, la contribution du secteur des services atteignant 48,8 % du PIB, contre 26,2 % pour l’industrie et 17,9 % pour l’agriculture. Le rapport estime que l’intégration de technologies avancées — telles que l’intelligence artificielle, la technologie financière (FinTech), le cloud computing et l’analyse du Mégadonnées (Big Data) — est susceptible de rehausser la productivité, de renforcer l’inclusion financière et d’accroître la compétitivité des économies africaines.

Les expériences nationales viennent étayer cette vision : à Maurice, le secteur de l’externalisation des processus d’affaires (BPO) contribue désormais à hauteur de 5,8 % au PIB, tandis qu’en Afrique du Sud, la contribution du secteur technologique au PIB devrait grimper pour se situer entre 15 % et 20 %. Au Ghana, la contribution du secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC) est passée de 4,4 milliards de cedi ghanéens en 2016 à 21 milliards de cedi ghanéens en 2022. De même, les services financiers numériques ont contribué à augmenter le PIB de 8 % à 10 % et ont permis de rehausser le revenu moyen par habitant d’environ 530 dollars américains.

En dépit de ces indicateurs positifs, le rapport met en évidence la persistance de défis structurels qui limitent la capacité de la technologie à engendrer une transformation économique globale. Parmi les plus marquants figurent la faiblesse des infrastructures numériques, la pénurie de compétences, l’élargissement de la fracture numérique entre pays et régions, la limitation des financements, ainsi que le besoin de développer la gouvernance numérique et les cadres législatifs. Il convient également de noter que des taux de croissance élevés ne se traduisent pas toujours par une amélioration des indicateurs de développement humain, comme en témoigne la persistance d’un taux de pauvreté élevé en Guinée, atteignant environ 52 %, en dépit de l’enregistrement de taux de croissance soutenus.

Sous un angle analytique et critique, le rapport démontre que l’avenir de l’économie africaine n’est pas uniquement lié à des taux de croissance élevés, mais plutôt à la capacité des États à convertir cette croissance en un développement structurel fondé sur la diversification économique, la promotion de l’innovation, l’investissement dans le capital humain et le développement des institutions. Cela permettra de réduire la dépendance à l’égard des exportations de matières premières et d’accroître la résilience des économies africaines face aux chocs extérieurs. Par conséquent, la transformation numérique représente une opportunité stratégique pour reconstruire l’économie africaine ; toutefois, son succès demeure conditionné par l’intégration de réformes institutionnelles, l’investissement dans le savoir et une distribution équitable des fruits de la croissance, afin de garantir la transition du continent d’une économie reposant sur les ressources naturelles vers une économie fondée sur l’innovation, la productivité et le développement durable.

Introduction générale

La croissance économique constitue l’un des indicateurs fondamentaux pour mesurer la capacité des économies nationales à réaliser le développement et à améliorer le niveau de bien-être. Cependant, les économies contemporaines ne s’évaluent plus à la seule lumière de leurs taux de croissance globale, mais selon leur capacité à opérer une transformation structurelle qui renforce la productivité, optimise l’allocation des ressources et jette les bases d’une économie plus à même de faire face aux crises et aux instabilités internationales.

Au cours des deux dernières décennies, le continent africain est devenu un pivot d’une importance croissante dans les débats économiques internationaux, non seulement en raison de ses immenses ressources naturelles et de ses marchés de consommation en pleine expansion, mais aussi du fait des mutations structurelles qui s’y opèrent dans les schémas de production, d’investissement et d’intégration économique. Les économies africaines sont ainsi passées progressivement d’une focalisation sur l’exploitation des ressources primaires à l’adoption de visions de développement plus larges visant à diversifier la base productive, à promouvoir l’industrialisation, à développer les infrastructures et à mettre à profit le progrès technologique pour restructurer les différents secteurs économiques. Malgré cela, ces économies continuent de se heurter à un ensemble complexe de défis liés à la faiblesse de la productivité, aux taux élevés de pauvreté et de chômage, aux disparités de développement entre les régions, outre les répercussions des fluctuations économiques mondiales, du changement climatique et des tensions géopolitiques ; autant de facteurs qui confèrent à l’étude des déterminants de la croissance économique en Afrique une importance scientifique et pratique accrue.

Dans ce contexte, le Rapport économique sur l’Afrique 2026 de l’ONU revêt une importance particulière. En effet, il ne se limite pas à présenter des indicateurs de croissance macroéconomique, mais offre une grille d’analyse faisant le lien entre les performances économiques, les réformes institutionnelles, l’investissement dans les infrastructures, la transformation numérique et les technologies avancées, appréhendés comme des facteurs interdépendants qui contribuent à façonner l’avenir de l’économie africaine. Le rapport présente en outre une comparaison rigoureuse entre les sous-régions du continent, mettant en lumière les disparités des taux de croissance, la diversité de leurs moteurs, ainsi que les facteurs qui renforcent la capacité de certains États à atteindre des taux de croissance élevés par rapport à d’autres.

Le rapport révèle que la croissance économique en Afrique n’est plus tributaire des seules ressources naturelles, mais dépend de plus en plus de l’efficacité des institutions, de la qualité des politiques économiques, de l’investissement dans le capital humain et de l’adoption de la technologie et de l’innovation. Les technologies de pointe — telles que l’intelligence artificielle (Artificial Intelligence), l’analyse des mégadonnées (Big Data Analytics), le cloud computing (Cloud Computing) et les technologies financières (Financial Technology – FinTech) — sont devenues des leviers majeurs qui façonnent à nouveau les secteurs des services, de l’industrie et de l’agriculture, contribuant à accroître la productivité, à promouvoir l’inclusion financière, à attirer l’investissement direct étranger et à améliorer l’efficacité des services publics. Dès lors, la technologie n’est plus un simple élément de soutien à la croissance, mais est devenue un composant structurel du processus de transformation économique.

Néanmoins, cette transformation n’est pas exempte de problématiques et de défis. La fracture numérique entre les États, la faiblesse des infrastructures technologiques, la pénurie de compétences numériques, la limitation des financements et la dépendance continue à l’égard de l’exportation de matières premières constituent autant d’obstacles qui brident la capacité des économies africaines à tirer pleinement parti de la révolution numérique. De même, des taux de croissance économique élevés ne signifient pas nécessairement la réalisation d’un développement global, dans la mesure où des indicateurs économiques positifs peuvent coexister avec la persistance de la pauvreté, des taux de chômage élevés et l’accentuation des inégalités sociales et régionales. Cela impose d’établir une distinction nécessaire entre la « croissance économique » (Economic Growth), entendue comme une augmentation du produit intérieur, et le « développement économique » (Economic Development), conçu comme un processus structurel visant à améliorer la qualité de vie et à élever le niveau de bien-être social.

Partant de ces constatations, la présente étude adopte une lecture analytique et critique du premier chapitre du Rapport économique sur l’Afrique 2026 de l’ONU. Son objectif est de dépasser l’exposition descriptive des indicateurs économiques pour analyser les déterminants sous-jacents aux performances économiques du continent, clarifier la nature de la relation entre transformation numérique et croissance économique, et évaluer la capacité des technologies avancées à engendrer une mutation structurelle au sein des économies africaines. L’étude s’attache également à expliquer les disparités entre les sous-régions et à analyser les expériences nationales mises en avant par le rapport — notamment dans les domaines du gouvernement numérique, de la FinTech et de la digitalisation des services — tout en identifiant les défis institutionnels, législatifs et financiers qui freinent encore l’exploitation de la technologie comme levier de développement durable.

L’intérêt de cette étude réside dans le fait qu’elle ne traite pas le rapport comme une simple source de données et d’indicateurs, mais comme un document d’analyse traduisant les orientations des Nations Unies dans la compréhension des trajectoires de développement économique en Afrique pour la période actuelle. Par conséquent, l’étude vise à offrir une lecture critique fondée sur l’analyse d’indicateurs quantitatifs, couplée aux dimensions institutionnelles, technologiques et de développement. Cela permet d’acquérir une compréhension plus approfondie des facteurs qui déterminent l’avenir de l’économie africaine et des opportunités d’assurer sa transition d’un modèle économique reposant principalement sur les ressources naturelles vers un modèle productif fondé sur le savoir, l’innovation et l’économie numérique, capable d’engendrer une croissance plus durable, inclusive et résiliente face aux mutations économiques mondiales.

L’analyse critique approfondie de la première partie du Rapport économique sur l’Afrique 2026 de l’ONU révèle que l’économie africaine continue de faire preuve d’une certaine résilience face aux pressions économiques mondiales. Elle tire profit de l’amélioration de la stabilité macroéconomique, de la hausse des investissements publics, de l’expansion des projets d’infrastructures, ainsi que du rôle croissant de la technologie et de l’innovation dans la restructuration du tissu économique du continent. Toutefois, le rapport précise parallèlement que la trajectoire de croissance reste marquée par des disparités régionales et structurelles évidentes, découlant de la divergence des niveaux de développement, des capacités institutionnelles inégales et de l’impact persistant des facteurs géopolitiques et climatiques sur les performances économiques des pays africains.

L’étude se divise selon les axes suivants :

  1. Performances économiques récentes en Afrique subsaharienne

    • Premièrement : Amélioration des performances de la croissance économique durant les années 2026–2027, soutenue par l’investissement public.

    • Deuxièmement : Divergence des performances entre les pays africains importateurs et exportateurs de pétrole.

    • Troisièmement : L’Afrique de l’Est en tête de la croissance économique à l’échelle des sous-régions.

    • Quatrièmement : Afrique de l’Ouest : une croissance économique portée par les réformes et l’investissement dans les secteurs productifs.

    • Cinquièmement : Taux de croissance du PIB réel en Afrique par sous-région (2024–2026).

    • Sixièmement : Performances de l’Afrique centrale et de l’Afrique australe.

  2. La transformation numérique et la technologie comme moteurs de la croissance économique africaine

    • Premièrement : Maintien de la prédominance du secteur des services dans le PIB avec le rôle croissant de la technologie et de l’innovation.

    • Deuxièmement : Les technologies avancées et l’innovation comme leviers de renforcement de la croissance économique en Afrique : les expériences africaines pionnières.

      • L’expérience de Maurice dans la gouvernance électronique et le secteur de l’externalisation des processus d’affaires (BPO).

      • L’expérience de l’Afrique du Sud dans le développement du secteur des technologies de l’information et de la technologie financière (FinTech).

      • L’expérience du Kenya dans l’innovation financière et le système M-Pesa.

      • L’expérience du Ghana dans la croissance du secteur des télécommunications et des services financiers numériques.

  3. La technologie de pointe et son rôle dans le développement des secteurs productifs en Afrique : vers une économie plus productive et compétitive

    • Premièrement : La technologie et la transformation dans le secteur des services.

    • Deuxièmement : La technologie et le développement du secteur industriel.

    • Troisièmement : La technologie et le secteur agricole.

    • Quatrièmement : La technologie et le renforcement de l’inclusion financière.

    • Cinquièmement : La technologie et l’attraction des investissements directs étrangers (IDE).

  4. Les défis de la transformation numérique et les perspectives de développement économique durable en Afrique :

    • Premièrement : La diffusion limitée des technologies de pointe.

    • Deuxièmement : Les déficiences des infrastructures numériques.

    • Troisièmement : Le manque de compétences et de capital humain.

    • Quatrièmement : La fracture numérique entre les États et les régions.

    • Cinquièmement : Les défis de financement et d’investissement.

    • Sixièmement : La gouvernance numérique et le cadre législatif.

  5. Conclusion

  6. Recommandations

  7. Les principaux indicateurs illustrant l’impact de la transformation numérique sur les économies africaines

1) Performances économiques récentes en Afrique subsaharienne

Premièrement : Amélioration des performances de la croissance économique durant les années (2026–2027) soutenue par l’investissement public

Le taux de croissance du PIB réel en Afrique a connu une reprise pour s’établir à environ 4,0 % au cours de l’année 2025, et devrait se stabiliser à ce même niveau en 2026, avant de progresser à 4,1 % en 2027. Ce taux dépasse la croissance anticipée pour l’Amérique latine et la Caraïbe (2,3 %), mais reste inférieur aux taux enregistrés en Asie de l’Est et du Sud (4,6 %) et en Asie de l’Ouest (4,1 %).

Le rapport attribue cette amélioration au rétablissement de la stabilité macroéconomique, en particulier dans les grandes économies africaines, couplé à l’augmentation des investissements publics et à la reprise des dépenses de consommation. Néanmoins, les économies africaines demeurent confrontées à des défis internes et externes, parmi lesquels figurent au premier plan les tensions géopolitiques et les troubles politiques consécutifs aux élections dans certains pays.

Le rapport indique que certains gouvernements africains ont entrepris d’appliquer des politiques d’assainissement budgétaire en rationalisant les dépenses et en accordant la priorité aux investissements en capital à long terme, dans le but de promouvoir une croissance économique durable.

Il cite plusieurs projets stratégiques ayant contribué à soutenir l’activité économique, à l’instar du projet de train à grande vitesse en Égypte, de la cité technologique de Konza (Konza Technopolis) au Kenya et de la zone franche de Lagos (Lagos Free Trade Zone) au Nigeria. Le rapport précise que les retombées de ces projets ne se sont pas limitées à l’amélioration de la connectivité économique, mais ont également permis d’attirer des investissements directs étrangers et de renforcer la confiance des investisseurs.

Ces indicateurs révèlent que le rapport adopte une perspective reliant la croissance économique à l’investissement dans les infrastructures, considéré comme le moteur principal de l’accroissement de la productivité et de l’amélioration de la compétitivité. Il ressort également que les investissements publics ne remplissent pas seulement un rôle financier, mais participent à l’instauration d’un environnement économique attractif pour le capital privé, qu’il soit national ou étranger. Dès lors, la croissance attendue ne s’explique pas uniquement par la hausse de la demande globale, mais traduit une orientation vers l’investissement dans des actifs productifs capables de générer des rendements économiques à long terme.

Il ressort de la comparaison régionale que l’Afrique commence à réduire l’écart avec certaines régions en développement, bien qu’elle demeure en deçà des performances des économies d’Asie de l’Est et du Sud. Cela souligne la nécessité continue de stimuler l’innovation, d’améliorer la productivité et de développer les capacités industrielles et technologiques.

Bien que le rapport présente une vision optimiste quant à l’amélioration de la croissance économique, il se concentre largement sur les indicateurs macroéconomiques sans analyser de manière suffisante la mesure dans laquelle cette croissance se traduit par une amélioration du niveau de vie ou par une réduction de la pauvreté et des inégalités au sein des pays africains. En outre, le recours aux seuls investissements publics pourrait s’avérer insuffisant pour réaliser une transformation économique durable s’il ne s’accompagne pas de réformes institutionnelles, d’une amélioration du climat des affaires et du renforcement de l’efficacité de la gestion publique.

On observe également que le rapport présente des modèles réussis de projets d’infrastructures, mais sans aborder en détail les risques potentiels liés au financement de ces grands travaux, tels que l’endettement élevé, la disparité des rendements économiques entre les pays, ou la capacité des économies africaines à assurer la maintenance et la pérennité de ces installations. De même, la persistance de l’impact des tensions géopolitiques et des instabilités politiques pourrait brider la capacité de certains États à tirer pleinement parti de la dynamique d’investissement escomptée.

On peut en déduire que la croissance économique prévue en Afrique pour les années 2026–2027 traduit une amélioration relative de l’environnement économique, soutenue par l’investissement public et la stabilité macroéconomique. Toutefois, la pérennité de cette croissance reste tributaire de la capacité des pays africains à transformer ces investissements en capital en gains de productivité réels, à renforcer la diversification économique, à accroître l’efficacité des institutions et à élargir les investissements dans la technologie, l’innovation et le capital humain. Par conséquent, la réalisation d’une transformation économique globale ne dépend pas seulement de l’élévation des taux de croissance, mais exige l’édification d’un modèle de développement en mesure de faire face aux chocs extérieurs et de réaliser un développement plus inclusif et durable.

Deuxièmement : Divergence des performances entre les pays africains importateurs et exportateurs de pétrole

Malgré le redressement du taux de croissance du PIB en Afrique au cours de l’année 2025, les performances des pays importateurs et exportateurs de pétrole ont emprunté des trajectoires divergentes. Les économies importatrices de pétrole ont en effet tiré parti de la baisse marquée des cours du brut, le prix du baril étant passé de 79 dollars américains en janvier 2025 à environ 64 dollars en novembre de la même année. Cette baisse s’explique par un ensemble de facteurs, notamment l’incertitude entourant les politiques commerciales américaines et la faiblesse de la demande mondiale par rapport aux prévisions, en particulier dans de grandes économies comme le Brésil, la Chine et l’Inde.

En revanche, le rapport prévoit que la chute des prix du pétrole entraîne des répercussions négatives pour les plus grands pays africains exportateurs de brut, notamment l’Algérie, l’Angola et le Nigeria, compte tenu de la forte dépendance de leurs économies à l’égard des recettes pétrolières. Dans la plupart de ces pays, les exportations pétrolières représentent plus de 80 % des exportations totales, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux fluctuations des marchés mondiaux.

Le rapport indique également que les prévisions d’augmentation de la demande mondiale de pétrole, associées à la hausse attendue de la production de l’alliance OPEP+ (OPEC+), pourraient maintenir des pressions à la baisse sur les cours en raison de l’accroissement de l’offre mondiale. Cela contribuerait à améliorer les perspectives de maîtrise de l’inflation, tout particulièrement dans les pays importateurs de pétrole.

À la lumière de ces évolutions, le rapport anticipe un repli du taux de croissance économique dans les pays exportateurs de pétrole, qui passerait d’environ 4,0 % en 2025 à 3,7 % en 2026, sous l’effet de la faiblesse continue des cours et du risque de surabondance de l’offre sur les marchés mondiaux. Il ajoute que la fragilité de la situation politique en Libye, au Soudan du Sud et au Soudan constitue un facteur d’incertitude supplémentaire qui affecte négativement les performances économiques de ces États.

Cette section du rapport reflète la nature duale des économies du continent africain : les variables économiques mondiales n’engendrent pas les mêmes résultats dans tous les pays, mais leurs effets varient selon la structure économique et les sources de revenu national.

Ainsi, la baisse des prix du pétrole, qui constitue une évolution favorable pour les pays importateurs d’énergie, se transforme simultanément en une source de pression financière et économique pour les pays dont les budgets publics reposent principalement sur les recettes pétrolières.

Ces constats soulignent que la dépendance de plusieurs économies africaines à l’exportation d’un seul produit de base accentue leur vulnérabilité face aux chocs extérieurs. Cela met en exergue la persistance de ce qui est désigné dans la littérature économique sous le terme de « fragilité des économies rentières » (Rentier Economy), où les taux de croissance, les niveaux de dépenses publiques et les équilibres financiers sont davantage liés aux fluctuations des prix des matières premières qu’à la production réelle ou à la diversification économique.

D’un autre côté, le rapport met en relief l’importance des prix de l’énergie en tant que variable influençant les taux d’inflation. Les pays importateurs de pétrole bénéficient du recul du coût de leurs importations, ce qui atténue les pressions inflationnistes, réduit les coûts de transport et de production, et offre aux gouvernements une marge de manœuvre budgétaire plus importante pour orienter les ressources vers l’investissement dans les infrastructures ou les services sociaux. Quant aux pays exportateurs de pétrole, le repli des recettes peut les contraindre à réduire les dépenses publiques ou à accroître l’endettement, ce qui se répercute négativement sur la croissance et l’investissement.

Le rapport montre également que les facteurs géopolitiques font désormais partie intégrante de l’explication des performances économiques en Afrique. Les tensions politiques internes dans certains pays producteurs, ainsi que les perturbations sur les marchés mondiaux, confirment que la croissance économique n’est plus le seul produit de variables économiques, mais s’articule désormais avec le degré de stabilité politique, l’efficacité des institutions et la capacité des gouvernements à gérer les crises.

La mention faite aux politiques de l’OPEP+ révèle le degré d’intégration des économies africaines dans le marché mondial de l’énergie, où les cours du pétrole ne sont plus uniquement déterminés par les niveaux locaux de l’offre et de la demande, mais sont influencés par les décisions internationales de production, la concurrence géopolitique, les anticipations des investisseurs et les tendances de l’économie globale.

Bien que le rapport fournisse une explication logique de la divergence des performances entre pays importateurs et exportateurs de pétrole, il privilégie l’analyse de l’impact des cours pétroliers sans accorder une attention suffisante aux facteurs structurels internes qui déterminent la capacité des États à absorber les chocs économiques. Certains pays pétroliers sont en effet parvenus à limiter l’impact des fluctuations de prix en diversifiant leurs sources de revenus et en créant des fonds souverains et des investissements productifs, tandis que d’autres sont restés tributaires de fluctuations cycliques en raison de la faiblesse de leur diversification économique.

Il présuppose également de manière implicite que la baisse des cours pétroliers entraîne automatiquement une amélioration de la situation des pays importateurs. Or, cet effet reste conditionné par la capacité des gouvernements à investir les économies réalisées dans des secteurs productifs plutôt que de les orienter vers des dépenses de consommation à court terme. Ainsi, la baisse des prix représente une opportunité potentielle de développement, mais ne garantit pas sa réalisation si elle ne s’accompagne pas d’une réforme économique et institutionnelle.

Sous un autre angle, le rapport n’examine pas en profondeur l’impact de la transition énergétique mondiale vers des énergies propres sur l’avenir des économies africaines dépendantes du pétrole. La poursuite de la dépendance aux recettes pétrolières, dans un contexte international axé sur la réduction des émissions de carbone, pourrait imposer des défis structurels à long terme qui dépassent les simples variations cycliques de prix, nécessitant ainsi une reconfigurations des stratégies économiques des pays producteurs d’énergie.

Cette partie du rapport confirme que les fluctuations des marchés pétroliers mondiaux n’affectent pas toutes les économies africaines au même degré, mais que leurs effets se déterminent selon la nature de la structure productive et le niveau de diversification des sources de revenus. Elle souligne également qu’une dépendance excessive aux exportations pétrolières accroît la vulnérabilité des économies face aux chocs extérieurs, alors que la diversification économique et l’investissement dans les secteurs productifs et technologiques offrent une plus grande capacité à réaliser la stabilité et la pérennité. Dès lors, la transition vers une économie plus diversifiée, fondée sur l’innovation, l’industrie et les services à valeur ajoutée, constitue l’une des conditions primordiales pour renforcer la résilience des économies africaines et réduire leur sensibilité aux soubresauts des marchés énergétiques mondiaux.

Troisièmement : L’Afrique de l’Est en tête de la croissance économique à l’échelle des sous-régions

Les taux de croissance économique ont varié entre les sous-régions d’Afrique au cours de l’année 2025. L’Afrique de l’Est a conservé son rang de région à la croissance la plus rapide, avec un taux de croissance du PIB réel estimé à environ 5,4 % en 2025, qui devrait atteindre 5,8 % en 2026. Cette performance s’explique par la forte dynamique enregistrée à Djibouti, en Éthiopie, au Rwanda, en Tanzanie et en Ouganda, soutenue par la vigueur continue de la demande intérieure, l’accroissement des investissements dans les projets d’infrastructures et de bons résultats dans les secteurs de l’agriculture et de l’extraction minière. Toutefois, les conflits à l’est de la République démocratique du Congo, à Madagascar et au Soudan du Sud demeurent les principaux défis auxquels l’ensemble de la région fait face, bridant la durabilité de sa croissance.

Ce passage met en évidence le caractère hétérogène de la croissance économique en Afrique, qui se répartit de manière inégale entre les différentes régions, traduisant ainsi la diversité des structures économiques, des niveaux de stabilité politique et de l’efficacité des politiques de développement. Le rapport met en lumière l’Afrique de l’Est en tant que nouveau centre de gravité économique du continent, résultant de l’orientation donnée par plusieurs de ses États vers l’investissement dans les infrastructures, la diversification des activités économiques et le soutien à la demande intérieure, plutôt que vers une dépendance excessive à l’exportation de matières premières.

Le rapport démontre également que la croissance en Afrique de l’Est s’appuie sur une base productive diversifiée intégrant l’agriculture, les mines et les services, ce qui confère aux économies de la région une plus grande flexibilité pour faire face aux fluctuations économiques externes en comparaison des économies reposant sur un seul secteur ou un produit primaire unique.

Sous un autre angle, le rapport fait ressortir la relation étroite entre l’investissement dans les infrastructures et la croissance économique : le développement des réseaux de transport, d’énergie et de télécommunications permet d’améliorer le climat des affaires, d’abaisser les coûts de production, de renforcer la compétitivité et d’attirer davantage d’investissements locaux et étrangers.

Les résultats indiquent que les performances économiques remarquables de l’Afrique de l’Est ne tiennent pas à un facteur isolé, mais découlent de l’interaction d’un ensemble d’éléments économiques et institutionnels. Une demande intérieure soutenue offre un marché local favorable à la production, tandis que les investissements publics dans les infrastructures contribuent à lever les goulots d’étranglement qui entravent l’activité économique. Dans le même temps, la diversification des secteurs productifs permet de répartir les sources de revenus et de réduire la dépendance envers un secteur unique, ce qui accroît la capacité de l’économie à absorber les chocs extérieurs.

En revanche, la référence faite aux conflits armés confirme que la croissance économique ne saurait être dissociée de l’environnement politique et sécuritaire. Les affrontements entraînent en effet la perturbation des chaînes d’approvisionnement, l’affaiblissement de la confiance des investisseurs et l’épuisement des ressources publiques, ce qui limite les opportunités de parvenir à une croissance durable, même au sein d’économies disposant de réels atouts productifs.

Bien que le rapport présente l’Afrique de l’Est comme un modèle réussi de croissance économique, il met principalement l’accent sur les indicateurs macroéconomiques sans analyser de manière suffisante dans quelle mesure cette croissance se répercute sur l’amélioration du niveau de vie ou sur la réduction de la pauvreté et des inégalités. Une hausse du taux de croissance ne signifie pas obligatoirement la réalisation d’un développement inclusif si les retombées économiques restent concentrées dans des secteurs ou des zones géographiques spécifiques.

De surcroît, le rapport ne fournit pas une analyse suffisante des divergences entre les pays de la région eux-mêmes, dans la mesure où les capacités économiques et institutionnelles de l’Éthiopie, du Rwanda, de la Tanzanie et de Djibouti présentent des écarts notables ; ce qui rend l’interprétation de la croissance à l’échelle régionale moins précise si ces spécificités ne sont pas prises en compte. On note également que le rapport associe la croissance à l’augmentation des investissements dans les infrastructures, mais sans discuter à fond de la viabilité du financement de ces projets ni de l’impact de l’endettement public élevé dans certains pays sur le maintien de cette croissance à long terme.

On peut retenir que l’Afrique de l’Est constitue actuellement le principal moteur de la croissance économique sur le continent, grâce au succès relatif qu’elle a rencontré en combinant l’investissement dans les infrastructures, la diversification des activités productives et le soutien à la demande intérieure. Toutefois, la poursuite de cette performance reste conditionnée par la capacité des pays de la région à contenir les conflits armés, à consolider la stabilité institutionnelle et à convertir la croissance économique en un développement inclusif qui se traduise par l’amélioration des niveaux de revenus, la création d’emplois et la hausse de la qualité de vie, garantissant ainsi la pérennité des acquis économiques au-delà des seuls indicateurs macroéconomiques.

Quatrièmement : Afrique de l’Ouest : une croissance économique portée par les réformes et l’investissement dans les secteurs productifs

Le rapport prévoit que la région de l’Afrique de l’Ouest enregistrera un taux de croissance moyen de 4,5 % au cours de la période 2025–2026. Le Sénégal se hissant en tête des pays de la région avec un taux de croissance moyen atteignant 7,5 %, suivi du Niger avec 7,1 %, puis de la Guinée avec 6,6 %. Les performances économiques remarquables du Sénégal s’expliquent par la croissance continue du secteur des hydrocarbures, couplée à un environnement économique favorable marqué par un faible taux d’inflation, ainsi que par la mise en œuvre par le gouvernement d’un programme de réforme et de transformation économique. Ce programme repose sur l’encouragement de l’investissement direct étranger, le soutien à la transformation numérique, l’amélioration de l’efficacité de l’administration publique et des services publics, la réduction de la fracture numérique, ainsi que la promotion de l’innovation et de l’entrepreneuriat.

En Guinée, la croissance s’appuie sur une activité accrue dans les secteurs minier et agricole. Le rapport souligne toutefois que cette croissance n’a pas été inclusive, le taux de pauvreté national s’élevant encore à 52 % de la population. Il est également prévu que l’économie du Nigeria, la plus importante de la région, enregistre un taux de croissance de 3,8 % en 2026, tiré par l’augmentation de la production pétrolière, la dynamique du secteur des services et les gains issus des réformes économiques internes. Malgré le rebasage du PIB sur l’année de référence 2019, le secteur des services demeure le plus vaste et le plus contributeur à l’économie nigériane.

Ces indicateurs révèlent que l’Afrique de l’Ouest constitue un modèle économique diversifié, associant des économies tributaires des ressources naturelles à d’autres qui s’orientent vers l’économie numérique et la réforme institutionnelle. Il est à noter que le rapport ne relie pas la croissance à un seul facteur, mais à un ensemble de déterminants économiques qui varient d’un État à l’autre.

Le rapport met aussi en relief le rôle croissant du secteur des services au Nigeria, ce qui traduit une transition progressive vers une économie plus diversifiée où les services financiers, le numérique et les télécommunications constituent une source majeure du PIB aux côtés du secteur pétrolier. Si la prédominance continue du secteur des services témoigne d’une évolution de la structure économique, elle n’efface pas pour autant la dépendance continue au pétrole comme source principale de revenus, exposant ainsi l’économie aux instabilités des marchés mondiaux.

Le rapport présente l’expérience de l’Afrique de l’Ouest comme un exemple de la diversité des trajectoires de croissance, mais sans traiter suffisamment des défis liés à la durabilité de cette dynamique. La dépendance au secteur des hydrocarbures au Sénégal ou au pétrole au Niger et au Nigeria reste en effet soumise aux fluctuations des cours mondiaux et aux mutations du marché de l’énergie, ce qui pourrait limiter la stabilité des performances économiques à long terme.

En outre, si le rapport souligne le succès des programmes de transformation numérique et de réforme administrative au Sénégal, il ne fournit pas d’évaluation de la mesure dans laquelle ces réformes ont amélioré la productivité, créé des emplois ou réduit les disparités sociales. L’accent semble avoir été mis davantage sur les taux de croissance que sur la qualité de cette croissance et ses retombées sur le développement.

Le cas de la Guinée apparaît comme une illustration du fait que la hausse du PIB ne signifie pas nécessairement l’amélioration du bien-être social. La persistance d’un taux de pauvreté élevé à 52 % met en exergue la diffusion limitée des fruits de la croissance aux différentes couches de la société, ce qui rend indispensable l’adoption de politiques plus équitables dans la répartition des revenus économiques.

On peut conclure que les économies d’Afrique de l’Ouest s’engagent dans des voies de développement contrastées, conjuguant la dépendance aux ressources naturelles, les réformes institutionnelles, la transformation numérique et le développement du secteur des services. Cependant, la durabilité de ces trajectoires dépend de la capacité des États à diversifier leurs bases productives, à réduire leur dépendance aux exportations de matières premières et à lier la croissance économique à l’amélioration des indicateurs de développement humain et de justice sociale. L’expérience de la région confirme également que la véritable croissance ne se mesure pas à la seule hausse du PIB, mais à sa capacité à générer des emplois, à réduire la pauvreté et à renforcer la compétitivité de l’économie face aux secousses mondiales.

Cinquièmement : Taux de croissance du PIB réel en Afrique par sous-région (2024–2026)

Le taux de croissance du PIB réel compte parmi les indicateurs économiques les plus importants pour évaluer la performance des économies, car il reflète l’augmentation effective de la valeur des biens et services produits après déduction de l’effet de l’inflation, offrant ainsi une image plus précise du niveau d’activité économique réelle. L’étude de cet indicateur sur le continent africain revêt une importance particulière compte tenu des disparités évidentes entre les sous-régions en matière de ressources naturelles, de structure économique, de niveau de développement, de stabilité politique et de capacité d’attraction des investissements, sans compter la diversité des politiques économiques et des réformes structurelles menées par les États de chaque région.

Au cours de la période (2024–2026), les estimations indiquent la poursuite de la reprise des économies africaines, soutenue par l’amélioration de la demande intérieure et extérieure, l’accroissement des investissements dans les infrastructures, l’expansion de l’économie numérique et le redressement des performances des secteurs agricole, industriel et des services dans plusieurs pays. En contrepartie, les taux de croissance restent influencés par un ensemble de défis, au premier rang desquels figurent les niveaux élevés de la dette publique, la volatilité des prix des produits de base, le changement climatique, la persistance des pressions inflationnistes, ainsi que les tensions géopolitiques qui affectent les chaînes d’approvisionnement, le commerce et l’investissement.

La comparaison entre les sous-régions montre également que les taux de croissance ne se répartissent pas de façon homogène sur le continent, mais varient selon les structures économiques, le degré de diversification productive et le niveau d’intégration régionale. Certaines régions atteignent des taux de croissance élevés en raison de l’expansion des secteurs des services, de la technologie, de l’énergie et des investissements publics, tandis que d’autres font face à un ralentissement relatif imputable à leur forte dépendance à l’exportation de matières premières ou à l’impact des conflits et des défis sécuritaires et environnementaux. Cela confirme que l’obtention d’une croissance économique durable ne tient pas uniquement à l’abondance des ressources naturelles, mais repose également sur la qualité des politiques économiques, l’efficacité des institutions, la valorisation du capital humain, la promotion de la transformation numérique et le développement des infrastructures, garantissant ainsi la capacité des économies africaines à réaliser des taux de croissance plus durables et inclusifs au cours des années à venir.

Figure (1) : Comparaison des taux de croissance du PIB réel dans les sous-régions du continent africain au cours des années 2024, 2025 et 2026.

Les données indiquent que l’Afrique de l’Est conserve sa position de région à la croissance la plus élevée, le taux de croissance y passant d’environ 5,3 % en 2024 à 5,4 % en 2025, pour atteindre 5,8 % en 2026, ce qui constitue le taux le plus élevé parmi toutes les régions africaines. L’Afrique de l’Ouest occupe le deuxième rang, avec un taux de croissance qui s’élève progressivement d’environ 4,1 % à 4,5 %, puis à 4,6 %, traduisant l’amélioration de l’activité économique dans plusieurs pays de la région. Quant à l’Afrique du Nord, elle maintient une performance économique relativement solide, enregistrant un taux de croissance proche de 3,8 % en 2024, avant de progresser à 4,4 % au cours des années 2025 et 2026.

En revanche, l’Afrique centrale enregistre une croissance plus modérée, passant d’environ 3,4 % à 3,5 %, puis à 3,7 %, tandis que la région de l’Afrique australe demeure la moins dynamique, progressant d’environ 2,2 % en 2024 à 2,5 % en 2025, pour atteindre environ 2,8 % en 2026. La comparaison révèle que l’ensemble des régions africaines s’oriente vers la réalisation de taux de croissance plus élevés en 2026, mais que le rythme de cette amélioration varie nettement d’une région à l’autre.

Le graphique indique que la croissance économique en Afrique ne suit pas un rythme uniforme, mais se caractérise par une nette disparité régionale qui reflète la diversité des structures économiques, des niveaux d’investissement, de la stabilité politique, de l’efficacité des institutions et du degré d’ouverture économique.

L’Afrique de l’Est s’impose comme le modèle le plus dynamique du continent, du fait du succès remporté par plusieurs de ses pays dans l’orientation des investissements vers les infrastructures, l’amélioration du climat des affaires, la stimulation de la demande intérieure et la diversification des secteurs productifs. La hausse continue des taux de croissance sur trois ans confirme que les économies de la région possèdent une capacité relative à maintenir leur dynamique de croissance malgré les défis mondiaux.

Pour ce qui est de l’Afrique de l’Ouest, sa trajectoire de croissance montre que plusieurs de ses économies ont tiré bénéfice des réformes économiques, de l’amélioration de la production énergétique et de l’expansion du secteur des services ; toutefois, la dépendance continue de certains États aux exportations de pétrole et de matières premières rend cette croissance plus étroitement liée aux fluctuations des marchés internationaux. En Afrique du Nord, les données révèlent une performance plus stable, étayée par la diversification des sources d’activité économique entre l’énergie, l’industrie, l’agriculture, le tourisme et les services, ce qui confère aux économies de la région une plus grande capacité à maintenir l’équilibre comparativement aux économies reposant sur un secteur unique.

En ce qui concerne l’Afrique centrale et l’Afrique australe, leurs taux de croissance modérés témoignent de la persistance de défis structurels tels que la faiblesse de l’industrialisation, la faible productivité, la limitation des investissements et la dépendance continue aux exportations de matières brutes, outre l’impact des crises politiques dans certains pays.

Ces indicateurs soulignent que la performance économique en Afrique est largement liée à la capacité de chaque région à diversifier sa base productive et à améliorer l’efficacité de ses institutions économiques. Les régions qui ont investi dans les infrastructures, la transformation numérique et le développement du capital humain ont réussi à enregistrer des taux de croissance plus élevés et plus durables, tandis que les économies moins diversifiées sont restées plus exposées aux chocs extérieurs.

De même, les données confirment que la croissance économique ne dépend pas uniquement de la profusion des ressources naturelles, mais s’articule avec la qualité des politiques publiques, l’efficience de la gestion des ressources et l’existence d’un environnement d’investissement stable ; ce qui explique pourquoi certains pays dépourvus de ressources naturelles surpassent des États possédant de vastes réserves de pétrole ou de minerais.

Malgré l’intérêt du graphique pour mettre en évidence les écarts régionaux, il présente la croissance économique comme le principal indicateur de performance économique, sans préciser dans quelle mesure cette croissance se répercute sur les indicateurs de développement humain, la création d’emplois ou l’amélioration de la répartition des revenus. Une hausse du taux de croissance ne traduit pas nécessairement une amélioration du bien-être des citoyens si elle ne s’accompagne pas d’une expansion de l’emploi, d’un accroissement de la productivité et d’une amélioration des services essentiels.

En outre, le graphique se concentre sur les moyennes régionales, ce qui peut dissimuler d’importantes disparités entre les pays d’une même région. Un nombre restreint d’États peut enregistrer des taux de croissance élevés qui tirent la moyenne régionale vers le haut, alors que d’autres pays continuent de faire face à de profondes crises économiques et structurelles. On observe également que le rapport n’analyse pas en détail les risques susceptibles d’affecter ces prévisions, tels que l’escalade des tensions géopolitiques, la volatilité des prix des produits de base ou les effets du changement climatique ; autant de facteurs qui pourraient entraîner une révision des prévisions de croissance à court terme.

Le graphique confirme que l’Afrique s’oriente vers une amélioration progressive de ses performances économiques, bien que cette dynamique ne se répartisse pas équitablement entre les sous-régions. L’Afrique de l’Est s’affirme comme le principal moteur de croissance du continent, tandis que d’autres régions continuent de se heurter à des contraintes structurelles qui brident leur capacité à atteindre des taux de croissance élevés. Dès lors, le comblement du fossé de développement entre les régions africaines exige des politiques axées sur la diversification de l’économie, la promotion de l’innovation et le développement des infrastructures.

Asmaa Newir

Ph.D. in Philosophy of Science, specializing in Philosophy of Technology and AI Ethics, Faculty of Arts, Assiut University, Egypt.

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